Herbe de la pampa : danger, interdiction et retrait
Avec ses hauts plumeaux blancs ou rosés, l’herbe de la pampa a longtemps été présentée comme une plante idéale pour donner du volume à un jardin. Elle pousse vite, supporte différents sols et reste décorative pendant une grande partie de l’année. Pourtant, acheter ou planter cette graminée n’est plus un simple choix esthétique.
En France métropolitaine, l’herbe de la pampa portant le nom botanique Cortaderia selloana est classée comme espèce exotique envahissante depuis 2023. Sa détention, sa culture, son transport, sa vente et son achat sont interdits. Cette décision s’explique par sa capacité à produire de nombreuses graines, à coloniser des milieux naturels et à concurrencer les plantes locales.
La plante présente également des risques moins connus. Ses feuilles coupantes peuvent blesser, son pollen peut provoquer des réactions allergiques et une touffe ancienne peut devenir difficile à retirer. Voici ce que dit réellement la réglementation, les dangers à connaître et la bonne manière de gérer une plante déjà présente dans un jardin.
Qu’est-ce que l’herbe de la pampa ?
L’herbe de la pampa, ou Cortaderia selloana, est une grande graminée vivace originaire d’Amérique du Sud. Elle forme une touffe dense composée de longues feuilles vertes et de grandes inflorescences plumeuses, souvent blanches, argentées ou légèrement rosées.
Une plante adulte peut atteindre jusqu’à quatre mètres de hauteur, hampes florales comprises, et former une touffe approchant deux mètres de diamètre. Ses feuilles mesurent parfois plus d’un mètre et possèdent des bords naturellement coupants.
Elle a été largement plantée dans :
- les jardins privés ;
- les ronds-points ;
- les zones commerciales ;
- les parcs urbains ;
- les bordures routières ;
- les aménagements proches du littoral.
Son succès ornemental a toutefois favorisé sa propagation. Les jardins et espaces aménagés sont devenus des points de départ depuis lesquels ses graines peuvent atteindre des friches, des dunes, des marais et d’autres milieux naturels.
L’herbe de la pampa est-elle interdite en France ?
Oui. Cortaderia selloana est interdite en France métropolitaine depuis l’arrêté ministériel du 2 mars 2023, qui l’a ajoutée à la liste nationale des espèces végétales exotiques envahissantes réglementées.
L’interdiction concerne les spécimens vivants. Il est notamment interdit de :
- les introduire sur le territoire ;
- les planter ou les cultiver ;
- les détenir ;
- les transporter ;
- les échanger ou les donner ;
- les mettre en vente ;
- les vendre ou les acheter ;
- les introduire dans le milieu naturel.
La règle concerne les professionnels, les collectivités et les particuliers. Elle ne s’applique donc pas uniquement aux pépiniéristes ou aux entreprises d’aménagement paysager.
L’interdiction concerne-t-elle aussi les particuliers ?
Un particulier ne peut plus acheter un plant, récupérer une jeune pousse chez un voisin ou conserver volontairement la plante dans le but de la multiplier.
Donner une herbe de la pampa à quelqu’un n’est pas une solution légale. Le don implique un échange, une cession et souvent un transport, qui font partie des activités interdites.
La situation d’une plante ancienne déjà installée peut être plus délicate. La réglementation nationale n’établit pas une opération générale d’éradication immédiate de toutes les plantes spontanées, mais la détention et l’utilisation de spécimens vivants restent interdites. Il est donc prudent de demander les consignes locales à la mairie, à la DREAL, à FREDON ou à l’Office français de la biodiversité avant d’organiser son retrait, surtout si la plante est grande.
Quelle amende pour une herbe de la pampa interdite ?
Il n’existe pas une petite amende forfaitaire automatiquement envoyée à chaque personne possédant une touffe dans son jardin.
Le Code de l’environnement prévoit cependant des sanctions pouvant atteindre trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende pour plusieurs infractions liées aux espèces réglementées, notamment leur production, leur détention, leur transport, leur utilisation, leur vente ou leur achat. Le montant maximal ne signifie pas que cette sanction est appliquée automatiquement dans chaque situation. La réponse dépend des faits, du comportement, de l’ampleur de l’infraction et de la décision des autorités ou du tribunal.
Une vente volontaire, une production commerciale ou une plantation répétée malgré un avertissement ne sera pas traitée de la même manière qu’un particulier découvrant une ancienne plante laissée par le précédent propriétaire.
La meilleure attitude consiste à ne pas attendre un contrôle :
- ne plus laisser la plante produire ou disperser ses graines ;
- ne pas la vendre ou la donner ;
- demander les modalités locales de retrait ;
- conserver, si nécessaire, la preuve des démarches effectuées.
Pourquoi l’herbe de la pampa est-elle interdite ?
Elle produit énormément de graines
Les grandes inflorescences ne sont pas seulement décoratives. Elles peuvent contenir une quantité très importante de graines légères.
Ces graines sont transportées par le vent. Elles peuvent quitter un jardin et atteindre des terrains perturbés, des bords de route, des fossés ou des milieux naturels. L’OFB souligne à la fois l’importante production de graines et leur dispersion facile par le vent.
Couper les plumeaux après leur pleine maturité ne garantit donc pas que la propagation a été évitée. Une partie des graines peut déjà être partie.
Elle concurrence les plantes locales
Une touffe adulte occupe beaucoup d’espace et capte la lumière, l’eau et les nutriments disponibles. Lorsqu’elle s’installe en grand nombre, elle peut réduire la place laissée aux espèces végétales locales.
Les zones perturbées lui sont particulièrement favorables. Elle supporte différentes conditions, y compris une certaine sécheresse, ce qui facilite son installation dans les friches, les fossés et les espaces ouverts.
Les jardins deviennent des centres de dispersion
Une plante isolée au milieu d’une pelouse peut sembler parfaitement contrôlée. Pourtant, le problème ne se limite pas à la surface qu’elle occupe.
Une étude menée dans le sud de la France a examiné la relation entre les plantes cultivées en ville et les populations naturalisées issues de la dispersion des graines. D’autres recherches montrent que le vent influence directement les directions et distances de colonisation.
L’impact réel d’une plante doit donc être évalué au-delà des limites visibles de la propriété.
Quels sont les dangers de l’herbe de la pampa ?
Des feuilles très coupantes
Le nom Cortaderia évoque l’idée de couper. Ses feuilles possèdent des bords suffisamment tranchants pour provoquer des coupures aux mains, aux bras ou au visage.
Le risque augmente lors de la taille, car il faut saisir et déplacer une grande quantité de feuillage sec. Les feuilles peuvent aussi atteindre les yeux lorsqu’elles se redressent ou sont libérées après avoir été attachées. L’OFB décrit officiellement ces feuilles comme ayant des bords coupants.
Pour intervenir, il faut au minimum porter :
- des gants épais ;
- des manches longues ;
- un pantalon résistant ;
- des chaussures fermées ;
- des lunettes de protection.
Un masque peut également être utile lorsque la plante produit du pollen ou lorsque le feuillage sec libère beaucoup de poussière.
Un pollen potentiellement allergisant
L’herbe de la pampa appartient à la famille des graminées, connue pour comprendre de nombreuses plantes allergisantes.
Une étude clinique menée dans le nord de l’Espagne a trouvé une forte réaction croisée entre le pollen de Cortaderia selloana et celui d’une graminée courante, Phleum pratense. Dans cette population précise de patients déjà allergiques aux graminées, 89 % présentaient une sensibilisation à l’herbe de la pampa. Ce chiffre ne signifie pas que 89 % de la population générale y est allergique, mais il indique un risque important pour certaines personnes sensibles.
Les symptômes possibles sont similaires à ceux d’autres allergies polliniques :
- éternuements ;
- nez bouché ou qui coule ;
- démangeaisons ;
- yeux rouges ou larmoyants ;
- toux ;
- aggravation possible de l’asthme chez certaines personnes.
Un risque accru autour des matières sèches
Une grosse touffe conserve beaucoup de feuilles sèches en son centre. Cette matière peut contribuer à la charge combustible du jardin, surtout pendant une période chaude et sèche.
Brûler la plante sur place n’est pas une bonne méthode d’élimination. Des retours de gestion indiquent que le brûlage a peu d’effet durable, car la plante peut repartir depuis sa souche. Un feu peut également ouvrir le milieu et créer des conditions favorables à de nouvelles germinations.
L’herbe de la pampa est-elle dangereuse pour un chien ?
Cortaderia selloana n’est pas classée comme toxique pour les chiens, les chats ou les chevaux par l’ASPCA. Elle n’est donc pas comparable à une plante fortement toxique comme le laurier-rose.
Cela ne signifie pas qu’elle est sans danger. Ses feuilles coupantes peuvent blesser :
- les yeux ;
- la truffe ;
- la bouche ;
- les coussinets ;
- la peau fine du ventre.
Un animal qui mâche de grandes quantités de feuilles fibreuses peut également présenter une irritation de la bouche ou des troubles digestifs. En cas de vomissements, de douleur, de salivation importante, de blessure à l’œil ou de difficulté à avaler, il faut contacter un vétérinaire.
Le risque le plus concret pour un chien est donc généralement mécanique plutôt qu’un empoisonnement.
Quand et comment tailler l’herbe de la pampa ?
Avant son interdiction, il était courant de conseiller une taille en fin d’hiver. Aujourd’hui, une simple taille d’entretien destinée à conserver la plante n’est plus l’approche appropriée en France métropolitaine.
L’objectif doit être de limiter la dispersion, puis de préparer son retrait.
Première étape : sécuriser les plumeaux
Lorsque les inflorescences sont encore présentes, évitez de les secouer. Entourez-les avec un sac résistant avant de les couper afin de limiter la fuite des graines.
Fermez ensuite le sac. Ne laissez pas les plumeaux en tas dans le jardin et ne les placez pas dans un compost domestique.
La coupe des inflorescences peut limiter temporairement l’expansion, mais elle ne détruit pas la plante. Les méthodes de gestion reconnues comprennent notamment l’arrachage manuel ou mécanique, la coupe des inflorescences et un suivi après l’intervention.
Deuxième étape : attacher et couper le feuillage
Attachez fermement la touffe avec plusieurs cordes avant la coupe. Cette technique garde les feuilles regroupées et réduit les mouvements incontrôlés.
Coupez progressivement le feuillage avec un outil adapté. Ne placez jamais le visage directement au-dessus de la touffe.
Pour une plante adulte, l’utilisation d’outils puissants sans expérience peut être dangereuse. Un professionnel correctement équipé reste préférable.
Troisième étape : retirer la souche
Couper les feuilles au niveau du sol ne suffit pas. Une plante bien installée peut produire de nouvelles pousses depuis sa base.
Il faut retirer la couronne et autant de racines que possible. Les jeunes plants peuvent parfois être arrachés manuellement. Les anciennes touffes peuvent nécessiter un tire-fort, une mini-pelle ou une intervention mécanique. Des programmes de gestion utilisent aussi l’arrachage manuel ou mécanique selon la taille de la plante et l’accessibilité du terrain.
Quelle est la profondeur des racines ?
Il n’existe pas une profondeur unique valable pour toutes les herbes de la pampa. Le développement dépend de l’âge de la plante, du sol, de l’humidité et des obstacles présents.
Chercher à creuser exactement 30, 50 ou 100 centimètres peut donc induire en erreur. Le repère utile est la couronne : la masse compacte située à la base d’où partent les feuilles et les racines.
Une erreur courante consiste à découper seulement la partie visible de la souche. Les morceaux restants compliquent le suivi et peuvent permettre une reprise. Sur une grosse touffe, mieux vaut agrandir progressivement la zone de travail que compter sur une profondeur théorique.
Peut-on transporter les déchets à la déchetterie ?
Le transport de spécimens vivants étant interdit, il ne faut pas charger librement une plante entière ou des fragments susceptibles de reprendre dans une remorque ouverte.
Avant le chantier, contactez la déchetterie ou le service local des déchets et décrivez précisément l’espèce. Demandez :
- si le site accepte cette plante ;
- comment les déchets doivent être emballés ;
- si une filière particulière est prévue ;
- si un professionnel doit intervenir ;
- quelles règles locales encadrent le transport.
Ne déposez jamais la plante dans une friche, un bois, un fossé ou au bord d’une route. Cette pratique crée directement un nouveau risque de propagation.
Après l’arrachage, surveillez la zone pendant au moins deux ans. De jeunes plants peuvent apparaître à partir de graines déjà présentes dans le sol. Le Centre de ressources sur les espèces exotiques envahissantes recommande justement un suivi après l’intervention afin de détecter rapidement les nouvelles germinations.
Peut-on encore acheter une herbe de la pampa ?
La vente et l’achat d’un plant vivant de Cortaderia selloana sont interdits en France métropolitaine.
Des résultats peuvent encore apparaître avec des recherches comme « prix herbe de la pampa », « herbe de la pampa Jardiland » ou « herbe de la pampa Gamm vert ». Une page visible en ligne peut être :
- une ancienne fiche non supprimée ;
- une page informative ;
- une offre située dans un autre pays ;
- un produit artificiel ;
- des tiges sèches ;
- une autre espèce vendue sous un nom ressemblant.
La présence d’un résultat dans Google ne prouve donc pas que le produit vivant peut légalement être acheté en France. Toute vente, mise en vente ou acquisition actuelle d’un plant vivant est interdite.
Les pampas roses et bleues sont-elles autorisées ?
La couleur commerciale ne modifie pas la réglementation.
Une herbe de la pampa rose portant le nom botanique Cortaderia selloana appartient toujours à l’espèce interdite. Un cultivar compact, rose ou particulièrement plumeux n’échappe pas à la règle.
L’expression « herbe de la pampa bleue » peut désigner une autre graminée, une plante artificielle ou des plumeaux secs colorés. Vérifiez toujours le nom latin. La réglementation s’appuie sur l’identité botanique, pas seulement sur le nom affiché en gros sur l’étiquette.
Quelles plantes choisir à la place ?
Pour retrouver un effet léger et vertical, demandez à une pépinière une graminée autorisée et adaptée à votre région.
Selon le sol et le climat, le professionnel peut proposer par exemple :
- une molinie ;
- une canche cespiteuse ;
- un calamagrostis ;
- un panic érigé ;
- une graminée locale à grands épis.
Ne remplacez pas automatiquement une espèce invasive par une autre plante exotique simplement parce qu’elle lui ressemble. Vérifiez son nom botanique, sa taille adulte, son potentiel de dissémination et son statut réglementaire.
Une plante légèrement moins spectaculaire mais bien adaptée au milieu demande souvent moins d’entretien et présente moins de risques pour les espaces naturels voisins.
Trois points souvent oubliés
Couper les plumeaux ne règle pas le problème
La coupe empêche une partie de la production de graines, mais la souche reste vivante. Elle doit être considérée comme une mesure temporaire avant l’arrachage, et non comme une solution définitive.
Le retrait peut lui-même propager la plante
Une intervention mal préparée peut secouer les inflorescences, perdre des graines sur la route ou déplacer des fragments de racines. La préparation des sacs, de la filière de déchets et du matériel doit donc précéder la première coupe.
Un petit plant est beaucoup plus facile à gérer
Une jeune pousse peut souvent être retirée avec des outils manuels. Une touffe ancienne peut mesurer plusieurs mètres et exiger une intervention mécanique. Agir tôt réduit à la fois les coûts, les blessures et le risque de dispersion.
Questions fréquentes
L’herbe de la pampa est-elle vraiment interdite ?
Oui. Cortaderia selloana est classée comme espèce exotique envahissante réglementée en France métropolitaine depuis 2023. Sa détention, sa culture, sa vente, son achat, son échange et son transport sous forme vivante sont interdits.
Quelle amende risque un particulier ?
Le Code de l’environnement prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende pour certaines infractions relatives aux espèces réglementées. Ce sont des plafonds pénaux, pas une amende automatique appliquée à chaque jardin. La situation concrète et le comportement de la personne sont pris en compte.
Quand faut-il couper les plumeaux ?
Ils doivent être sécurisés avant que les graines soient largement dispersées. Placez un sac autour de chaque inflorescence avant de la couper et évitez de la secouer. Cette action limite la propagation, mais doit être suivie par le retrait de la plante.
L’herbe de la pampa est-elle toxique pour les chiens ?
Elle n’est pas répertoriée comme toxique pour les chiens. Ses feuilles coupantes peuvent néanmoins blesser les yeux, la bouche et la peau. Une ingestion importante peut aussi provoquer une irritation ou des troubles digestifs.
Peut-on vendre des plumeaux séchés ?
La réglementation citée vise notamment les spécimens vivants et les biens susceptibles de transporter des parties vivantes. Des tiges totalement sèches ne sont pas identiques à un plant vivant, mais elles ne doivent contenir aucune graine viable. Pour une activité commerciale ou un produit incertain, une vérification auprès de l’autorité compétente reste préférable.
Une herbe de la pampa repousse-t-elle après la taille ?
Oui, une coupe du feuillage seule peut être suivie de nouvelles pousses depuis la souche. Pour supprimer durablement la plante, il faut retirer sa couronne et son système racinaire, puis surveiller l’apparition de jeunes plants.
Conclusion
L’herbe de la pampa n’est plus une plante ornementale ordinaire en France. Son interdiction concerne aussi les particuliers et couvre l’achat, la vente, la culture, la détention et le transport de spécimens vivants.
Ses principaux dangers viennent de ses feuilles coupantes, de son pollen allergisant et surtout de sa capacité à disperser de nombreuses graines. Pour un chien, elle n’est pas considérée comme toxique, mais elle peut provoquer des blessures physiques.
Une plante déjà installée doit être gérée avec méthode. Il faut sécuriser les plumeaux, protéger les personnes qui interviennent, retirer correctement la souche et organiser les déchets selon les consignes locales. Remplacer ensuite la touffe par une graminée autorisée et adaptée au territoire permet de préserver l’effet décoratif sans continuer à alimenter sa propagation.



